La guerre dans le Donbass dure depuis plus de sept ans déjà. Certaines avancées ont été obtenues ces dernières années grâce à l’engagement de l’Ukraine en faveur de la paix et à la contribution efficace de la France et de l’Allemagne: libération de prisonniers, mesures humanitaires, désengagement des forces dans certaines zones et cessez-le-feu renforcé depuis l’année dernière.
Malheureusement, malgré les efforts diplomatiques gigantesques de l’Ukraine, de la France et de l’Allemagne afin de parvenir à la paix, aucune solution durable n’a encore été trouvée. Cette guerre n’est pas figée. Les violations du cessez-le-feu continuent, faisant des morts et des blessés chaque semaine. La situation sécuritaire continue de se détériorer.
En cinq mois, entre le 27 juillet 2020, date à laquelle un cessez-le-feu renforcé a été établi, et la fin de l’année, 4 militaires ukrainiens ont été tués et 21 ont été blessés. Depuis le début de l’année 2021, 14 soldats ukrainien sont trouvé la mort et 35 ont été blessés.Un civil est mort sous les bombardements. Cette nette augmentation de la violence prouve que le cessez-le-feu renforcé s’est presque effondré.
Lors du dernier sommet de Normandie, en décembre 2019, à Paris, Emmanuel Macron avait qualifié cette guerre de «plaie ouverte au cœur du continent européen». Il avait déclaré que la stabilité et la restauration de l’architecture de sécurité en Europe passaient par la résolution de la guerre dans le Donbass.
Le président français a suffisamment de leadership et de pouvoir politique pour prendre une initiative et réanimer le processus de paix en persuadant Vladimir Poutine de s’asseoir à la table des négociations afin d’essayer de retrouver le chemin d’une paix juste et durable.
"Wait and see"
C’est le moment idéal pour entreprendre ce nouvel effort. La manière dont cette guerre doit se terminer est à peu près claire. La vraie question est quand. Il ne manque pas de volonté du côté ukrainien, ainsi que du côté des médiateurs français et allemand. Mais il y a une nette réticence à agir du côté russe.
Le scénario d’un éventuel règlement du conflit a été formulé il y a longtemps: mettre fin aux hostilités, désengager les forces, retirer les troupes russes, désarmer les formations armées illégales, rétablir le contrôle de l’Ukraine sur la frontière ainsi que l’intégrité territoriale du pays, ce qui ouvrira la voie à des élections respectant la législation ukrainienne et les standards de l’OSCE. Il m’a suffi d’une phrase pour décrire la voie à suivre, mais des années d’efforts n’ont pas permis de persuader la Russie de prendre des mesures significatives pour s’y engager.
Au lieu de mettre fin à cette horrible guerre, Vladimir Poutine continue de suivre la stratégie du «wait and see». Son calcul est probablement d’attendre jusqu’à ce qu’il y ait un nouveau président français, un nouveau président ukrainien, un nouveau chancelier allemand ou un nouveau président américain. En s’appuyant sur les points faibles,il espère résoudre le conflit par des ultimatums et non par des compromis. Or, en faisant le bilan des sept dernières années, il est clair que cette stratégie n’a pas été couronnée de succès. Un nouveau président français a été élu, un nouveau président ukrainien, deux nouveaux présidents américains, et avec la fin du mandat d’Angela Merkel Vladimir Poutine sera bientôt le dernier membre fondateur du «format Normandie» (négociations diplomatiques sur le Donbass entre Kiev, Moscou, Paris et Berlin, qui tirent leur nom d’une réunion organisée entre les chefs d’État et de gouvernement des quatre pays, le 6 juin 2014 en Normandie, à l’occasion de la commémoration du Débarquement, NDLR). Mais la situation est toujours dans l’impasse, ce qui nuit à la fois à l’Ukraine et à l’Europe et n’a rien apporté de mieux non plus à la Russie.
Il est temps, la période est propice, d’essayer de donner un nouveau souffle au processus de paix. Comme en 2019, la France pourrait à nouveau jouer un rôle moteur dans la relance du «format Normandie». Il serait plus bénéfique, pour tout le monde,de résoudre le conflit plutôt que de le poursuivre. Si aucun effort n’est fait, la situation se détériorera encore davantage. Pas seulement autour des tables de négociation, mais, plus important, sur la ligne du front.
Il ne sert à rien de polémiquer avec certains intellectuels français «amoureux de la géopolitique» qui, à distance de sécurité, peuvent réfléchir confortablement sur ce qui a provoqué l’agression du Kremlin. L’Ukraine veut une chose - mettre fin à cette guerre qui lui est imposée. Cela nécessite la volonté politique et le leadership de notre partenaire français.