"Ôsport, tu es la Paix !" — En Russie poutinienne, cette phrase célèbre souvent reprise à l’époque soviétique (aussi hypocrite soit-elle) s’est transformée en son contraire orwellien. Tout est la guerre pour Poutine : l’énergie, l’économie, l’alimentation, l’information, le sport… la liste est longue.
Les invasions de la Géorgie en 2008 et de l’Ukraine en 2014 n’ont pas simplement coïncidé avec les Jeux olympiques de Pékin et de Sotchi. Quant à la Coupe du monde de football de 2018 en Russie, elle n’était qu’une opportunité pour la propagande russe de divertir et engourdir les esprits avant ce qui allait arriver. Enfin, l’invasion à grande échelle de l’Ukraine en 2022 ne s’est pas produite par accident quelques jours après les Jeux olympiques de Pékin. Si vous ne voyez pas de parallèles, c’est que vous avez choisi d’être aveugle.
La Russie suit un régime militariste et impérialiste strict depuis plus de deux décennies. La poussée de chauvinisme typique des événements sportifs est devenue un outil évident du Kremlin pour galvaniser les Russes et préparer le terrain pour des actes d’agression. Poutine, à la manière d’un ancien officier du KGB, a utilisé les victoires sportives russes pour faire avancer son programme politique, en faussant les résultats de manière systématique. Les méthodes sales de la Russie au cours de ces dernières décennies, telles que l’utilisation de produits dopants interdits ou la corruption d’officiels sportifs internationaux, sont bien connues du reste du monde.
Le sport, pour Poutine, est un outil supplémentaire pour établir "le meilleur des mondes", un monde sans règles. La Russie doit toujours gagner, que ce soit par le dopage, la corruption, la guerre ou en infligeant des souffrances inimaginables à ses voisins. Poutine, comme tout dictateur, croit qu’il n’y a qu’une seule règle : la règle du plus fort. Tout le reste - l’honnêteté, la civilité et la transparence - est une farce pour les dictateurs.
Pendant trop longtemps, le monde était prêt à fermer les yeux sur le comportement de la Russie, l’attribuant à la fierté blessée d’un ancien empire et à d’autres absurdités idéologiques. A maintes reprises, le monde a permis à la Russie de gagner malgré la violation de toutes les règles. Les rôles sont enfin inversés. La Russie ne gagne plus.
En février 2022, ivre de fierté impériale, l’armée russe a lancé une invasion à grande échelle de l’Ukraine - la guerre la plus horrible de l’histoire récente de l’Europe – mais elle a été repoussée par le courageux peuple ukrainien. Goliath est en train de perdre dans cette éternelle histoire de David contre Goliath. L’Ukraine met fin à l’impérialisme russe avec le soutien des pays épris de liberté. La Russie, comme un toxicomane, a un besoin urgent d’une nouvelle dose, et elle compte bien l’obtenir du Comité international olympique, qui semble avoir un mystérieux penchant historique pour les dictateurs. La décision du CIO d’autoriser la participation russe et bélarusse sous le drapeau neutre aux Jeux olympiques de Paris constituerait un nouvel acte odieux de collaboration avec un régime génocidaire. Avec ou sans drapeau russe, le CIO préfère simplement fermer les yeux sur les crimes et permettre au dictateur du Kremlin d’utiliser le sport à des fins de propagande, comme il l’a fait avec Hitler en 1936.
"Laissons la politique en dehors du sport", disent les partisans de la participation des athlètes russes et bélarusses dans les arènes sportives. Ils préfèrent ignorer le fait que bon nombre de ces athlètes sont des officiers militaires en service. Par exemple, 45 des 71 médailles remportées par l’équipe russe aux Jeux olympiques de Tokyo ont été obtenues par des membres du Club sportif central des forces armées russes. Les Russes ne le cachent pas, ils en sont fiers. Le sport, l’Etat, la propagande et l’armée sont indissociables en Russie.
De fait, Poutine a déjà introduit la politique dans le sport. Et pas seulement la politique, mais aussi des crimes de guerre. Il est maintenant officiellement accusé d’un crime de guerre - le vol d’enfants ukrainiens - par la Cour pénale internationale. Et il s’agit d’une décision irréversible, quels que soient les efforts de certains pour ignorer les atrocités commises par la Russie en Ukraine ou leur empressement à profiter d’une nouvelle injection russe de substances sales dans le sport.
Il n’est pas question que les athlètes russes ou bélarusses participent aux Jeux olympiques de Paris (ou, d’ailleurs, à tout autre événement sportif majeur).
"Nous semblons être quelque part entre les deux" [entre les Russes et les Ukrainiens]. Aucune citation de Thomas Bach, le président du CIO, ne décrit mieux l’inaction du CIO que ces propos lors de sa conférence de presse du 28 mars. Le CIO ne veut pas protéger le sport international de la propagande russe et de la guerre, il préfère être "quelque part entre les deux".
Et il ne s’agit pas de neutralité ni même d’hypocrisie. C’est bien pire que ça. Imaginez un policier détournant les yeux devant un meurtre et disant "Il me semble que j’étais quelque part entre le meurtrier et la victime" ?
Malheureusement, le CIO n'a systématiquement pas le courage de défendre les principes de la Charte olympique. Au lieu de cela, il n’a qu’une seule hâte : rester une nouvelle fois dans l’Histoire comme ayant cherché à apaiser un agresseur, ouvrant ainsi la voie à un monde sans règles. Nous ne sommes plus en 1936. L’Ukraine n’accepte pas et n’acceptera pas cette politique malsaine. https://www.lexpress.fr/monde/europe/jo-de-paris-pourquoi-la-russie-et-le-belarus-ne-doivent-pas-participer-par-dmytro-kouleba-Q7SLSARXOFCX7K7PM2E6MRLEF4/