Ambassade d’Ukraine en France

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Discours d'Ambassadeur Oleh Shamshur lors du colloque consacré à la commémoration du 30ème anniversaire de la catastrophe à la centrale de Tchornobyl

27 avril 2016, 19:12

 

Tout d’abord je voudrais remercier Sénateur Hervé MAUREY, Président de Commission de l'aménagement du territoire et du développement durable du Sénat et Président du groupe d’amitié France-Ukraine, ainsi que les l’Institut de radioprotection et de sûreté nucléaire, particulièrement M. Jacques REPUSSARD, ancien Directeur général, pour que notre rencontre aujourd’hui a eu lieu !

A ce jour le Sénat nous accueille pour parler de sujet complexe, qui a laissé un héritage lourd et tragique pour l’Ukraine ainsi que pour le monde entier. Les leçons de Tchornobyl sont toujours d’actualité.

L’accident à la centrale nucléaire de Tchornobyl, survenu dans la nuit du 26 avril 1986, est considéré comme la plus grande catastrophe technogène que l’humanité ait jamais connue. Une explosion avait éclaté au 4e bloc de la centrale, située seulement à 110 km de la capitale ukrainienne. L’accident a refaçonné la perception que le monde avait de cette énergie dont on pouvait attendre qu’elle constitue un apport exclusivement pacifique.

Pour des millions d’habitants de la planète l’explosion de la quatrième unité de la centrale de Tchornobyl a partagé la vie en deux: il y a l’avant et l’après Tchornobyl. Le mot «Tchornobyl» évoque tout à la fois l’aventurisme technocratique et l’héroïsme des liquidateurs, la solidarité, les souffrances de la multitude des êtres humains.

Les conséquences de l’accident étaient graves: plus de 50 millions de curies de divers radionucléides se sont répandus dans l'environnement. Les retombées radioactives ont pollué plus de 8 millions d’hectares de la terre ukrainienne. Une zone de sécurité qui entoure la Centrale d'un rayon de 30 km a été créée et interdite d’accès.

La catastrophe de Tchernobyl a ruiné l'activité normale de notre pays dans de nombreux secteurs. Il ne faut pas oublier que nos terres resteront souillées pour centaines et des milliers  d’années.

Durant les premiers jours après la catastrophe plus de 100 milles personnes ont été évacuées. Les évacuations touchent au total environ 300 000 personnes.

Bien que la catastrophe de Tchornobyl fût considérée comme une tragédie ukrainienne - accident a touché 12 régions de l’Ukraine – cet accident a bouleversé le monde entier. Après l’accident, le nuage radioactif recouvrit non seulement l’Ukraine, la Biélorussie et la Russie, géographiquement proches de Tchornobyl. Il a fait deux fois le tour du globe et a laissé ses traces sur une vaste partie de la planète: la Bulgarie, la Grèce, la Roumanie, la Lituanie, l’Estonie, la Lettonie, la Finlande, le Danemark, la Norvège, la Suède, la Pologne, la Suisse, l’Allemagne, l’Italie, l’Autriche, la République tchèque, les Pays-Bas, la Belgique, l’Irlande, le Royaume Uni et la France.

Tous les pays se sont sentis concernés devant la menace de la radiation.

Le nombre des victimes recensées en 1987 représentait 2000. En 1995, celles-ci comptaient 37 500 personnes. Le cancer de la thyroïde et la leucémie furent les maladies les plus courantes causées par le rejet de substances radioactives de Tchornobyl mais, aujourd’hui, nous constatons également une augmentation des anomalies congénitales chez les enfants ainsi qu’une hausse de la mortalité infantile dans les zones contaminées.

En Ukraine, au total, 3,5 millions de personnes, dont 1,3 millions d’enfants, ont reçu les doses de radioactivité élevées.

Ces chiffres montrent non seulement l’ampleur de tragédie vécue par le peuple, mais aussi de la nécessité d'une assistance sociale et médicale adéquate aux victimes.

Catastrophe de Tchornobyl est devenue aussi l’indicateur visible de la crise du système soviétique, l’illustration de son immense immoralité. Tchornobyl a démontré l’échec du régime totalitaire et a marqué sa fin inéluctable. En dissimulant la véritable ampleur de la catastrophe à la population, le gouvernement soviétique a effectué le blocage sans précédent de toute information vraie.

D’autre part, des centaines de milliers de personnes ont fait preuve de leur courage luttant sur le site de la Centrale contre les conséquences de l’accident. Il faut se souvenir en premier lieu des pompiers ukrainiens et les liquidateurs. Ils ont payé le prix de leur santé et de leur vie pour sauver l'humanité du pire des malheurs.

En marquant le 30e anniversaire de la catastrophe de Tchornobyl nous rendons hommage aux victimes de cet accident et gardons le souvenir de l’héroïsme des liquidateurs de l’avarie.

Aujourd’hui la question la plus importante qui s’impose est le «sarcophage». Le vieux sarcophage contient des débris de combustible nucléaire et des éléments technologiques du cœur du réacteur - quelques 205 tonnes estimées. Et ils sont mortellement dangereux.

En juillet 1997 les gouvernements d’Ukraine et des pays du G7 ont adopté un plan de transformation du site qui est connu comme « Tchornobyl Shelter Implémentation Plan ». Il prévoit la construction d'un nouveau sarcophage en béton armé. L’objectif est de stabiliser le sarcophage existant et de construire un «confinement» autour de lui pour isoler ses matériaux radioactifs.

Le programme est financé par le Fonds International du Confinement (FIC) dont l'ordonnateur est la Banque Européenne pour la Reconstruction et le Développement (BERD). L’Ukraine y verse sa part. Pour 2015-2016 l’Ukraine a prévue dans son budget 121 millions de dollars pour financer sa contribution supplémentaire au Fonds de Tchornobyl "Shelter".

Depuis le septembre 2007 le projet du nouveau confinement est réalisé par un consortium français “NOVARKA” fondé par « VINCI Construction Grands Projets» et «Bouygues Travaux Publics». La mise en exploitation du nouveau confinement est prévue pour le mois de novembre 2017.

Actuellement, pour terminer la construction du nouveau sarcophage, il faut 615 millions d'euros supplémentaires.  Il est évident qu’il faut réunir les efforts de la communauté internationale pour mener à bien ce projet. Jusqu’à la mise en œuvre du projet de la construction du nouveau sarcophage la Centrale représente une menace permanente pour la quasi-totalité de l'Europe continentale. Ensuite, il faudra extraire des tonnes du magma radioactif, démembrer le vieux réacteur, terminer la décontamination du site. Cela durera des décennies

L’élimination des conséquences de la catastrophe technogène devrait prendre sa place importante dans le contexte des enjeux actuels dans le domaine de l'écologie. A la résolution de ce problème il faut impliquer des scientifiques de premier rang de l'Ukraine et du monde entier. Compte tenu de l'expérience acquise en France dans le domaine de la physique nucléaire et de la physique appliquée, son aide serait une contribution inappréciable dans le cadre de la recherche scientifique de la résolution de ce problème.

En tant que partenaire fiable l’Ukraine est prête à apporter toute son expertise scientifique afin d’atteindre le résultat qui sera au service de l'humanité tout entière.

Nous continuerons de faire notre meilleur – en concertation avec nos partenaires internationales - pour mitiger les conséquences néfastes de Tchornobyl, en dépit de très triste réalité que L'agression armée russe contre l’Ukraine a considérablement compliqué cette tache, ainsi qu’elle a créé nouvelles défis à l'environnement.

Pour conclure,  je veux dire que nous serons toujours reconnaissants à tous le pays  (la France a joue un rôle majeure) et surtout aux volontaires et associations bénévoles qui ont fournis une aide si précieuse pour le peuple ukrainienne dans le temps des épreuves si tragiques.

 

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