Ambassade d’Ukraine en France

Kyiv 06:00

L’Europe est notre voie stratégique

03 juin 2013, 19:58

Interview de l'Ambassadeur d'Ukraine en France Oleksandr Kupchyshyn à l'agence d'information "News Press"

1. Aspirations européennes de l'Ukraine

A l'approche du Sommet du Partenariat oriental en novembre 2013 à Vilnius, où l'Accord d'association entre l'Ukraine et l'Union européenne devrait être signé, il est temps de faire un bilan provisoire de nos progrès sur notre voie européenne, qui est notre choix stratégique irréversible.

Dans le cadre de l'Agenda d'association Ukraine-UE, il s'agit notamment, de la réforme constitutionnelle, du respect des droits de l'homme, de l'augmentation du niveau socio-économique, de la lutte contre la corruption. Ce domaine nécessite des mesures urgentes : le Comité national anti-corruption a donc été créé et toute la législation a été réformée ou amendée. Il y a deux semaines une nouvelle loi conforme aux recommandations de la Commission Européenne dans le domaine du contrôle financier, de la lutte contre la fraude fiscale et de la prévention du conflit d'intérêts a ainsi été adoptée.

Toute cette législation est élaborée dans le cadre du dialogue sur la libéralisation du régime de visas pour les Ukrainiens. Une seule loi reste à adopter pour achever une première étape en vue de la libéralisation du régime de visas. Notre parlement est déterminé à examiner ce projet de loi début juin.

Un autre volet très important sur lequel l'UE porte une attention particulière est la réforme du système judiciaire. Nous avons profondément réformé la procédure pénale, les systèmes des barreaux et du parquet, la nomination des juges. D'ailleurs, notre nouveau Code de procédure pénale a été reconnu comme un des meilleurs codes en Europe et constitue un modèle pour les pays post-soviétiques. Cette réforme est menée dans l'esprit de l'humanisation générale de la justice dont une des preuves est la grâce de l'ancien ministre de l'Intérieur Youri Loutsenko par le Président Viktor Yanoukovytch le 7 avril 2013.

Enfin, dans le cadre de cette réforme, les autorités ukrainiennes ont également répondu à la décision de la Cour européenne des droits de l'homme dans l'affaire Timochenko, ayant supprimé l'article de l'ancien Code qui avait permis son arrestation avant que la justice ne se prononce.

Notre choix géopolitique est fait. Il est soutenu par la plupart des Ukrainiens et des forces politiques, qui, malgré leurs divergences, ont la volonté de travailler ensemble afin que les aspirations européennes de l'Ukraine deviennent réalité.

Ce serait une réussite tant pour l'Ukraine que pour l'UE, et si l'Accord d'association n'est pas signé, ce sera notre échec commun.

 

2. L'Ukraine sur la scène européenne et régionale

L'Ukraine a acquis ces dernières années une expérience considérable au sein des enceintes régionales, européennes et internationales. Je pense notamment à la présidence actuelle ukrainienne de l'OSCE, où nos priorités se concentrent autour du règlement des conflits gelés, comme ceux de Transnistrie et du Haut-Karabakh, et sur la lutte contre les défis et les menaces transnationales, comme le terrorisme, le crime organisé, le trafic de drogues, la cybercriminalité. La sécurité énergétique et environnementale, comme la consolidation des valeurs démocratiques et le respect des droits de l'homme sont également prioritaires.

Au premier semestre 2013, l'Ukraine préside également l'Organisation de coopération économique de la mer Noire, où son action est dirigée sur le développement des infrastructures des transports, la coopération économique et touristique, la protection écologique de la région.

Il ne faut pas oublier non plus la présidence ukrainienne du Comité des Ministres du Conseil de l'Europe en 2011, qui a été un succès pour notre pays, selon les avis de plusieurs experts.

Partie intégrante de l'Europe, l'Ukraine participe activement à sa construction et à son développement.

 

3. Relations bilatérales entre l'Ukraine et la France

Le rapprochement de notre pays avec l'UE se réalise également à travers l'approfondissement de la coopération bilatérale avec les Etats-membres. Le soutien de la France à nos aspirations européennes est essentiel. La France était à l'origine des négociations pour la signature de l'Accord d'association. C'est un appui précieux, et j'espère qu'il constituera un argument et un soutien de poids lors de la prise de décision concernant la signature de l'Accord.

La coopération économique et commerciale entre nos deux pays, un indicateur majeur du niveau du partenariat entre nations, a été marquée en 2012 par une vraie dynamique. Le chiffre d'affaires entre l'Ukraine et la France a augmenté de 6,3%, atteignant 1,92 milliards d'euros. La France est désormais notre 6ème partenaire européen et occupe la 8ème place d'après les investissements étrangers directs avec 1357,9 millions d'euros. Dans ce contexte, l'investissement par le groupe français «Air Liquide» de 100 millions d'euros dans la métallurgie ukrainienne est un événement clé en 2012.

Dans notre coopération, les domaines les plus porteurs sont l'agriculture et les transports. Il y a quelques mois, le ministre français de l'Agriculture Stéphane Le Foll a exprimé l'initiative de créer un «G20 céréalier» proposant à l'Ukraine d'entrer dans ce cercle des plus gros producteurs de céréales au monde. Cette reconnaissance confirme notre rôle clé dans ce domaine, et l'assurance de la sécurité alimentaire dans le monde entier.

Je ne peux pas ne pas évoquer un événement récent majeur dans notre dialogue culturel : l'exposition d'œuvres du sculpteur ukrainien baroque du XVIII siècle Johann Georg Pinsel au Louvre de novembre 2012 à février 2013. L'intérêt du public français et étranger fut considérable, et cela prouve que la culture est un moyen puissant pour faire mieux connaître son pays à l'étranger.

Il y a un mois, nous avons commémoré le 27ème anniversaire de la catastrophe de Tchernobyl. C'est l'occasion de rappeler que la France nous aide beaucoup, avec toute la communauté internationale, à faire face aux conséquences de cette tragédie. Ce sont deux groupes français «Vinci» et «Bouygues» qui forment l'entreprise «Novarka», qui construit actuellement un nouveau sarcophage sur le réacteur endommagé à la centrale de Tchernobyl. Le chantier doit être achevé en 2015. Il est devenu possible, entre autres, grâce à la France qui a participé au financement du projet dont le coût total est estimé à 1,5 milliards d'euros.

Les relations bilatérales entre l'Ukraine et la France ne se résument évidemment pas à ces quelques points que j'ai énumérés. Notre potentiel commun est très important, et j'espère que chaque année nous saurons en profiter davantage, nos deux pays y ont intérêt.

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